Le bouillon thérapeutique

Vous vous ressourcerez, si pas vous reconstruirez, grâce à l’un des adjuvants de digestion oubliés aujourd’hui : le petit bouillon maison à base d’os de volaille, bœuf, ou autre petite bête.
Le bouillon maison facilite l’assimilation des féculents et autres aliments cuits du même repas, il fait une belle peau douce et aide à fabriquer de l’os (ce qui le rend incontournable à l’âge où l’ostéoporose guette), il soulage l’arthrose et est une source de minéraux sans comparaison. Ces vertus thérapeutiques sont préservées s’il est réalisé dans les règles de l’art que je me permets de vous rappeler ici.

Ce n’est pas parce qu’on ne s’explique pas scientifiquement pourquoi le bouillon de poule (« la pénicilline de la yiddische Mamma », dit-on à New York) est un efficace adjuvant à la guérison des rhumes et des grippes qu’il faut négliger l’évidence observée sur le terrain. Les praticiens ont constaté que la gélatine du bouillon fait maison améliore la digestion des céréales, des laitages et des viandes chez les hypersensibles. Elle a aussi été utilisée avec succès pour traiter des victimes de rhumatismes, de colite, d’hyperacidité, de maladie de Crohn. Il semble qu’elle soulage, protège et nourrit la paroi intestinale.
Selon le Dr. Pottenger, la gélatine a en effet des propriétés hydrophiles qui attirent les sucs digestifs à la surface des aliments cuits, alors qu’en principe les formes colloïdales cuites sont hydrophobes et rejettent les liquides (dans ce cas, les sucs digestifs).
« Beurks, c’est de la jelly, ce bouillon ». Mais oui, il ressemble à de la gelée, votre bouillon, sauf si vous avez choisi du poulet de batterie (mais pourquoi donc ne veut-il pas me donner son collagène, celui-là ?). C’est normal : il est riche en gélatine, qui est un atout santé… et beauté. Quand le coquet entend le mot « collagène » (la protéine de la gélatine), il a envie de s’en placarder le visage pour ses prodigieuses propriétés antirides. Pourquoi ne pas en manger plutôt ? C’est de l’intérieur que viendra alors votre beauté!
Ce bouillon vous coûtera bien moins cher que les cataplasmes si chers au coeur de votre esthéticienne. Moins frivole : le collagène est indispensable dans certains types d’arthrites. La gélatine améliore aussi la valeur biologique des protéines qu’elle apporte. On peut supposer que la composition en acides aminés dépend du type d’animal qui vous a donné ses entrailles. Vous y recevrez en tout cas des acides aminés qui sont fort prisés chez les sportifs et amateurs de santé, comme l’arginine, précurseur de la créatine. Et ce ne sera pas en pilule, donc biodisponibilité garantie.
Bonus : le bouillon vous amène aussi les bienfaits des cartilages. Deux grands professeurs américains se battent par labo interposé pour imposer dans les cas de cancer la suprématie des cartilages de requin pour l’un, des cartilages de bovins pour l’autre. Et si on les départageait en alternant des bouillons de poulet, de boeuf et de poisson? Les bienfaits des cartilages seront judicieusement extraits grâce à notre technique bien étudiée. Les cartilages sont l’un des aliments les plus riches en silice organique : vous voilà parés

  • 4 à 5 litres d’eau
  • 1 poule entière, une carcasse de poulet ou 8 ailes
  • 1 verre de vin blanc sec de qualité (ou vinaigre ou jus de citron frais)
  • 2 carottes moyennes
  • Verts de poireaux
  • 1 gousse d’ail
  • 1 bouquet garni
  • 1 oignon
  • Poivre en grains
  • Cuisson 3 à 12 heures

Dans 5 litres d’eau froide, déposez la poule entière, la carcasse ou les ailes de poulet, peau comprise. Il faut que l’eau soit froide pour que la carcasse donne le meilleur d’elle-même. Portez à frémissement à feu fort. Après une quinzaine de minutes, dès que l’eau commence à frémir, écumez la mousse et baissez le feu au plus doux possible. Ajoutez le vin, les verts de poireaux, les carottes coupées en quatre dans la longueur ainsi que la gousse d’ail entière, l’oignon piqué d’un clou de girofle, le thym, le laurier, les tiges de persil. Couvrez à moitié du couvercle. Laissez infuser, au feu le plus doux et à semi-couvert, de trois à six heures.
Une dizaine de minutes avant la fin de cuisson, ajoutez le sel marin et le poivre en grains écrasé, qui, moulu ou trop longtemps cuit, rendrait le bouillon trop âcre. En ajoutant le sel trop tôt, on empêcherait que les éléments du poulet migrent dans l’eau, paraît-il.
Ôtez les légumes, car il n’en reste plus que la fonction de surcharge des intestins. Gardez cette infusion de minéraux au réfrigérateur jusqu’à une semaine, ou trois mois au congélateur. Version solo : on congèle en petites portions d’ ½ litre.

« Cuisine Nature…à tout vapeur » Taty Lauwers

bouillon